Water in Celtic Countries: Quantity, Quality and Climate Variability (Proceedings of the Fourth InterCeltic Colloquium on Hydrology and Management of Water Resources, Guimarães, Portugal, July 2005).  IAHS Publ. 310, 2007, 211-223.


 

Le littoral des Bas-Champs soumis aux risques perpétuels d’inondation

 

Julia BASTIDE1, Edward ANTHONY1 & Franck DOLIQUE2

1       GéoDal, EA 35 99, Université du Littoral Côte d’Opale, F-59 140 Dunkerque, France

bastidestide@aol.com, juliabastide@baiedesomme.org

2       Université de Reims, Champagne, Ardenne, F-51 100 Reims, France

 

Résumé Le littoral des Bas-Champs de Cayeux, en Picardie, France, dispose d’un patrimoine géomorphologique particulièrement riche et, offre de ce fait une remarquable diversité de paysages naturels et artificiels. A l’interface “terre–mer”, la frange littorale du cordon de galets de Cayeux est en perpétuelle évolution, soulignant l’interactivité des différents agents de la dynamique d’accumulation côtière. De Dieppe à Ault, le littoral est principale­ment constitué par les falaises crayeuses hautes de 60–80 m. L’estran large de 200–400 m est formé dans sa partie la plus haute par un cordon de galets large de 5–15 m devant le débouché des vallées. Le cordon littoral des Bas-Champs, composé de galets, graviers et sables se développe, depuis environ 2500 ans BP, sur 16 km entre Ault et le Hourdel. Il est constitué par des flèches élémentaires, les pouliers, qui en s’ajoutant les unes aux autres, ont assuré la progression du cordon jusqu’au Hourdel. La flèche de galets, associée à un important estran sableux plat, a pu connaître des rythmes d’accumulation perturbés par des actions naturelles (pénurie de galets) mais aussi par des actions humaines (ouvrages portuaires et extractions). L’alimentation (naturelle) en galets du cordon littoral s’est considérablement amenuisée, elle n’est plus que de 2000 à 3 000 m3 an-1 au lieu de 20 000 à 30 000 m3 an-1. Il en résulte un processus important d’érosion du cordon qui se propage peu à peu vers la Baie de Somme et atteint désormais la limite Sud de Cayeux (site touristique). Naturellement, le cordon était très fragile et des ruptures se produisaient antérieurement aux actions humaines. Sa sous-alimentation a encore fragilisé le cordon rendant les ruptures et les inondations qui s’ensuivent de plus en plus importantes (exemple de 1990 plus de 3000 ha sous l’eau). Les brèches se produisent principalement dans des secteurs fragilisés et avant 1980 elles s’ouvraient au voisinage de Ault, à l’enracine­ment du cordon. Lors de la tempête de 1990 le cordon a été quasiment détruit sur 800 m au nord des derniers épis, là où l’érosion été la plus forte. Au fur et à mesure de la mise en place de la protection par des épis jusqu’à l’Amer Sud la zone de formation des brèches, les plus importantes, s’est décalée vers le Nord. Cela montre que la mise en place d’épis accroît l’aptitude du cordon à résister aux attaques de la mer où ils sont implantés mais également que le cordon s’affaiblit au Nord immédiat de la zone protégée. Les apports, pour compenser le stockage des galets dans les casiers, restent insuffisants et la sécurité de Cayeux dépend des rechargements effectués ponctuellement sur le site en érosion. Selon certains élus locaux “tant que cet ouvrage (épis) restera inachevé devant la digue de Cayeux-sur-Mer, les 3000 habitants de la commune resteront sous la menace permanente d’un risque de submersion”. Le problème actuel est de définir jusqu’où les ouvrages de protection devront être réalisés afin de garantir la sécurité du secteur et quel type d’ouvrage favoriserait le transit des galets. Une question reste à poser: faut-il protéger ou laisser faire la nature ?

 

Mots clefs  cordon de galets; flèche de galets; dynamique sédimentaire; hydrodynamisme

 


The coast of Bas-Champs subjected to perpetual risks of flood

Abstract The French coast at Bas-Champs de Cayeux, in Picardie, has a very rich geomorphological history and offers a remarkable diversity of landscape, both natural and man-made. The sea–land interface at the pebbles coastal dunes of Cayeux is in a continuous evolution, highlighting the different factors of coastal dynamics. From Dieppe to Ault, the coast is mainly formed by cliffs 60–80 m high. Natural pebble accretion of the coastal dunes is considerably reduced today, not more than 2000 to 3000 m3 year-1, instead of 20 000–30 000 m3 year-1. This is causing an important process of erosion of the dunes that is spreading little by little in the direction of Somme Bay. Today it has already reached the south of Cayeaux. Naturally the dunes are very fragile and ruptures have already happened, even before the intervention of man. Man’s activities reduced accretion, exacerbating the problem and causing more frequent and bigger flooding problems (e.g. in 1990 more than 3000 ha were under water). The breaches happened mainly in the most sensitive areas that were weakened before 1980. During the storm of 1990 the dunes have been almost destroyed over an area of 800 m. The refilling was not enough to compensate the natural stock of pebbles, and security at Cayeux depends now on the refills done on the most problematic erosion spots. According to local people “as long as these coastal works of Cayeux-sur-Mer are not fully achieved, the 3000 inhabitants of the municipality will be in permanent sea flooding danger”. Today, challenges are the definition of the size of the protection works so that security can be achieved in the region, and what type of coastal works is most appropriate to allow the transit of pebbles. But one question will remain open: should we protect or let nature follow its path ?

 

Key words  dunes; hydrodynamics; pebbles; sedimentary dynamics